20 février 2024

La deeptech française XXII lève 22 millions d’euros pour sa technologie de vision par ordinateur

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La start-up française XXII, qui analyse les images des caméras de surveillance grâce à une technologie basée sur l’IA, annonce ce 21 mars 2023 une levée de fonds en série A de 22 millions d’euros.

Le tour de table a été mené par le Fonds Innovation Défense (Bpifrance) et comprend son investisseur historique, le Groupe Duval, 574 Invest (Fonds d’investissement du Groupe SNCF), CIB Développement (groupe Colas), Techmind, Kima Ventures, ainsi que des business angels. Le financement doit permettre à la start-up de continuer à enrichir sa technologie, notamment en recrutant une vingtaine d’ingénieurs dans les 18 prochains mois, et d’ouvrir un bureau aux États-Unis pour poursuivre la commercialisation de son produit sur ce territoire.

Faire analyser les caméras de vidéosurveillance de lieux publics ou de sites privés par des algorithmes pour détecter des incendies, des lampadaires inutilement allumés ou pour compter le nombre de personnes dans une file d’attente ? C’est ce que propose XXII, prononcé « twenty-two », une start-up de la deeptech créée en 2015 par William Eldin, anciennement directeur commercial et managing partner de Coyote, et Damien Mulhem, ancien technicien iOS pour Apple.

XXII développe et commercialise une plateforme SaaS basée sur une technologie d’IA brevetée (XXXIICORE), spécialisée dans la vision par ordinateur. Un logiciel qui, installé derrière le VMS (video managing system) des réseaux de caméras existants, permet le paramétrage d’algorithmes d’analyse de vidéo selon des critères définis par le client pour l’aider dans sa prise de décision.

Des cas d’usage d’abord axés sur la sécurité

Des clients, l’entreprise en compte trente actuellement. 10% (c’était 20% il y a quelques temps) sont des villes telles que Paris, Suresnes ou encore Massy. Elles utilisent la technologie de XXII et la fournissent à leurs services de police ou d’urgence pour des applications liées à la sécurité : repérer des bagarres, un incendie ou encore des dépôts sauvages.

« Dernièrement, on a dû détecter les poubelles qui débordent et on envoyait l’information aux ramasseurs« , commente William Eldin, co-fondateur et CEO de la start-up. Les communes peuvent aussi s’en servir pour faire des économies sur l’éclairage public en l’éteignant lorsqu’il n’y a personne dans la rue.

Par ailleurs, les sites privés tels que des monuments, des stades ou encore des parcs d’attraction représentent 20% de la clientèle. Ils l’utilisent pour sécuriser le lieu (détecter un colis abandonné, un enfant égaré ou un malaise par exemple), mais aussi pour faire du comptage : de véhicules sur le parking, de personnes dans la file d’attente de telle attraction, et pour savoir depuis combien de temps ils patientent.

Les 70% restant sont ce que le CEO qualifie de « très gros contrats », en particulier avec le gouvernement français, le ministère de l’Intérieur et celui de la Justice, sur lesquels il ne peut pas en dire plus, mais dont on imagine les vastes applications en termes de sécurité publique.

Nouveau gros contrat en retail et perspectives dans la logistique

Bien décidée à sortir des cas d’usage classiques liés à la sécurité, la start-up souhaite se développer sur les marchés de la logistique et du retail. Sur ce dernier, l’affaire est bien embarquée puisque William Eldin affirme avoir obtenu un gros contrat avec une grande enseigne américaine de fast-food. 650 magasins seront équipés de sa technologie cette année aux États-Unis. Deux en France et trois à Chicago ont servi de sites de test. L’idée est de l’utiliser pour améliorer l’efficacité opérationnelle de ses points de vente et l’expérience client. L’outil peut regarder quelle voiture passe avec quel numéro de commande, vérifier qu’il y ait le bon nombre d’articles sur les plateaux, compter combien de personnes sont passées aux toilettes pour jauger le moment opportun de nettoyage, etc.

Le manager peut recevoir toutes ces informations en temps réel en les paramétrant lui-même sur son smartphone. Il peut par exemple demander à être alerté dès qu’il y a trois tables non débarrassées ni nettoyées.

XXII veut aussi parvenir à s’adresser au secteur la logistique en capitalisant sur son expertise en tracking multi-caméra pour suivre des colis de valeur en temps réel par exemple.

« On peut aussi dire à l’entreprise, ‘mettez plutôt ce colis dans ce camion-là pour qu’il soit plein, il part dans 18 minutes et ça suffit pour qu’il arrive à l’heure’. On est en discussion en ce moment avec des gros acteurs de la logistique comme Hub One, ID Logistics et GXO. Elles devraient aboutir dans les six mois à venir« , détaille le fondateur.

2,7 millions d’euros de revenus

L’entreprise, qui emploie 70 salariés (dont une cinquantaine d’ingénieurs) a réalisé 2,7 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année grâce aux licences et abonnements achetés par ses clients. Elle espère passer rapidement à 10 millions d’euros et atteindre la rentabilité d’ici deux ans. « Parce que lever 22 millions d’euros c’est bien, mais le travail ne porte vraiment ses fruits qu’une fois qu’on les a sur le compte », plaisante le William Eldin.

« Au vu du partenariat signé avec la chaîne de restauration rapide aux US, en fin d’année, il y aura 50% de notre business en Europe (90% en France, 10% en Espagne) et 50% aux États-Unis« , explique-t-il. D’où la création de bureaux (et le déménagement évoqué du CEO) sur place.

« Il y a trois milliards de capteurs caméras installés partout mais ils sont très très peu exploités. Dans les trente prochaines années, je suis persuadé que la vision par ordinateur va devenir une technologie clef. Les patrons de sites privés voudront bientôt les utiliser pour d’autres objectifs que la sécurité« , explique le CEO.

Mais comme sur tout marché prometteur, il va falloir se démarquer. XXII suit de près ce qu’il estime être son plus gros concurrent, une start-up israëlienne très présente aux États-Unis. « Il y a d’autres start-up qui s’attaquent à la vision par ordinateur mais elles se spécialisent sur des secteurs en particulier alors que l’on est davantage flexibles », assure Willial Eldin.

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