Diplomatie du Protocole contre Réalité du Terrain : Le Grand Écart de Raina Forbin
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Port-Au-Prince 10 août, au Salon des Arcades du Quai d’Orsay haïtien, la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Mme Raina Forbin, s’est livrée à un exercice de diplomatie rituelle en recevant les copies figurées des lettres de créance de la nouvelle représentante résidente de l’OEA en Haïti, Mme Catherine Pognat.
Sur le papier, l’ordre du jour affichait des ambitions louables : renforcement du partenariat, feuille de route pour les priorités nationales, visite annoncée du Secrétaire général Albert Ramdin (prévue du 16 au 19 août), stages pour la jeunesse universitaire, et concertation avec les leaders religieux pour la paix et le processus électoral. Une panoplie de bonnes intentions qui ferait presque oublier l’éléphant dans la pièce.
Pendant que Mme Forbin échangeait courtoisement sur l’encadrement des jeunes et la cohésion sociale, une autre réalité frappait les Haïtiens de la diaspora, en particulier ceux vivant aux États-Unis. Depuis plusieurs semaines, des compatriotes subissent des humiliations, des détentions arbitraires et des renvois massifs dans des conditions indignes, sans que le ministère des Affaires étrangères ne juge utile d’élever la voix ou de prendre des mesures publiques de protection consulaire.
Le contraste est saisissant : d’un côté, une ministre qui soigne ses relations avec les organisations internationales et multiplie les déclarations d’intention sur la stabilité nationale ; de l’autre, des Haïtiens livrés à eux-mêmes, dont les appels à l’aide restent sans écho. Le silence de la Chancellerie sur ce dossier n’est plus une simple omission il devient une politique.
Les stages proposés à la Mission de l’OEA en Haïti sont certes une initiative intéressante, mais ils ne sauraient masquer le vide stratégique concernant la protection des nationaux hors des frontières. Offrir des opportunités à une élite universitaire est louable, mais quelle réponse apporte-t-on à la mère de famille bloquée à la frontière mexicaine, sans papiers et sans recours ?
Quant à la visite d’Albert Ramdin, elle sera sans doute l’occasion de belles photos et de promesses renouvelées. Mais les Haïtiens retiendront surtout que, lors de cette première rencontre avec la représentante de l’OEA, la question des migrants n’a visiblement pas été jugée prioritaire. Ni dans les échanges, ni dans le communiqué final.
Sur le volet cultuel, Mme Forbin a tenu à souligner son rôle de ministre des Cultes, avec des concertations visant à impliquer les religieux dans la paix et le processus électoral. Là encore, on peut saluer l’effort. Mais quand la parole officielle se fait si discrète sur les souffrances des Haïtiens à l’étranger, on est en droit de s’interroger : la diplomatie haïtienne se limite-t-elle à des discours de circonstance ?
À l’heure où les partenaires internationaux sont invités à soutenir « la stabilité et le processus démocratique », la crédibilité de ce plaidoyer passe par une cohérence entre les paroles et les actes. Il est urgent que la ministre Forbin sorte du protocole et adresse un message clair à ses homologues américains, mais aussi à l’OEA elle-même, pour que la protection des Haïtiens ne soit pas une variable d’ajustement des bonnes manières diplomatiques.
L’OEA a promis son appui. Les Haïtiens, eux, attendent toujours que leur ministre parle pour eux.
Leur silence est assourdissant. Leur protocole, insuffisant. La presse continuera de poser les questions que la diplomatie officielle évite.

