18 juillet 2024

L’enfer en Haïti

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publié le 20/10/2011

Il y a moins de deux ans, un tremblement de terre fit plus de 200 000 morts et près de 300 000 blessés en Haïti. Il laissa plus de 1,5 million de personnes sans abri. Et l'enfer est toujours là.
Il y a moins de deux ans, un tremblement de terre fit plus de 200 000 morts et près de 300 000 blessés en Haïti. Il laissa plus de 1,5 million de personnes sans abri. Et l’enfer est toujours là.

Moins de deux ans après le tremblement de terre qui fit plus de 200 000 morts en Haïti, le pays vit dans une situation précaire. Le développement des entreprises, de l’énergie et de l’agriculture est toujours une priorité.

En survolant cette semaine l’île que se partagent Haïti et la République dominicaine, je pensais à cette réplique de Bubbles, le pathétique dealer des bas-fonds de Baltimore, découvrant le quartier aisé de la même ville, où vivent l’ex-femme et les enfants du policier dont il est l’indic, dans le quatrième épisode de la première saison d’une de mes séries américaines préférées, The Wire: « Je ne savais pas que la frontière était si fine entre le paradis et l’enfer. »https://0d2870f1f0574aacf53bae1bc6ad2f87.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-40/html/container.html?n=0

Car, si Saint-Domingue n’est pas tout à fait le paradis, rien n’est plus près de l’enfer qu’Haïti, l’oubliée des médias, moins de deux ans après le tremblement de terre qui fit plus de 200 000 morts et près de 300 000 blessés, laissa plus de 1,5 million de personnes sans abri, avec plus de 10 millions de mètres cubes de débris et des dégâts chiffrés à près de 11,5 milliards de dollars. 

Certes, le monde entier s’est alors mobilisé et a promis 10 milliards de dollars de dons, dont une commission, présidée par Bill Clinton, devait garantir le meilleur usage. Plus de 20 000 étrangers, représentant plus de 10 000 ONG, d’origines et aux mandats divers, ont accouru. En apparence, avec un certain succès: la croissance économique est estimée à près de 9%. Mais la réalité, c’est, une fois de plus, un marché sans Etat de droit; et le chaos reste total, dans l’indifférence quasi générale.

D’abord, l’Etat haïtien, déjà dramatiquement faible, ne s’est pas relevé du coup porté. Le nouveau président, Michel Martelly, n’a pu nommer son Premier ministre qu’au début d’octobre, soit cinq mois après sa prise de fonction. De plus, sur les 10 milliards de dollars promis par les Etats, 2 seulement ont été versés, soit moins de la moitié de ce qui était prévu pour la première année; et encore: moins de 6% de cette somme ont été versés au gouvernement haïtien, le reste demeurant entre les mains des ONG, beaucoup trop nombreuses (dans certains secteurs, plus de 200 d’entre elles font la même chose) et très peu transparentes: sur les 196 organisations américaines présentes ayant collecté 1,4 milliard de dollars, seules 38 ont accepté de rendre leurs comptes publics et seules 5 ont bien voulu dévoiler combien leur rapporte en intérêts le placement des dons reçus et non dépensés.https://0d2870f1f0574aacf53bae1bc6ad2f87.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-40/html/container.html?n=0

Résultat, l’enfer est toujours là: 4,5 millions de Haïtiens, soit la moitié de la population du pays, ne mangent pas à leur faim; 800 000 sont en situation critique et 200 000 en état de famine; l’eau potable manque; le choléra sévit toujours; plus de 600 000 personnes vivent encore sous des abris précaires répartis dans 894 camps ; la moitié des gravats n’a pas été déblayée ; les ports, les centrales électriques, les écoles n’ont pas été reconstruits. L’Etat de droit est un désastre: la police nationale n’a toujours pas été reconstituée, les trafiquants de drogue ont le champ libre.

Il est urgent de redonner une priorité à la mise en place de cet Etat de droit, au développement de l’agriculture, des sources d’énergie, de la formation et des microentreprises, conditions nécessaires au retour des investissements étrangers. Il est urgent aussi, pour le suivi des grandes catastrophes comme sur tant d’autres sujets, d’organiser la gouvernance mondiale: prévoir des mesures contraignantes pour que les promesses de dons des gouvernements soient tenues, pour que l’action des ONG chargées de l’urgence soit coordonnée et pour qu’elles laissent au plus vite la place à d’autres, qui s’occuperaient du développement.

Naturellement, de tout cela, presque personne ne parle. En attendant la prochaine tragédie.

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