Haïti : la disparition de soldats salvadoriens révèle l’impasse d’une réponse internationale à coups de milliards
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La disparition de cinq soldats salvadoriens de la Force de répression des gangs (FRG), tombés dans une embuscade dimanche dans la zone de Santo, à Croix-des-Bouquets, constitue le dernier signal d’alarme d’une crise haïtienne qui échappe à toute solution cosmétique.
Alors que les autorités salvadoriennes confirment que les recherches se poursuivent et que l’attaque a été revendiquée par des groupes armés lourdement équipés, la communauté internationale et le BINUH restent englués dans une architecture financière et sécuritaire dont les résultats peinent à se matérialiser sur le terrain.
Les chiffres avancés par les Nations interpellent. Le fonds fiduciaire multi-bailleurs géré par le PNUD, destiné à la professionnalisation de la Police nationale haïtienne, recherchait 28 millions de dollars et n’en avait reçu qu’environ 11 millions. Parallèlement, le BINUH gère un budget de 375 millions de dollars, auquel s’ajoute un fonds fiduciaire de 225 millions destiné principalement à la rémunération des membres de la FRG. Pour la seule force de répression des gangs, plus de 200 millions de dollars ont été promis par treize États membres du Conseil de sécurité, dont 59 millions déboursés.
Ces montants colossaux contredisent le discours officiel d’une transition maîtrisée. Un récent rapport du BINUH lui-même reconnaît que, depuis juin 2022, le taux de réalisation du Basket Fund est resté « relativement faible, à hauteur de 28 %, en raison de contraintes sécuritaires et administratives. Pendant ce temps, les gangs contrôleraient 80 % de la capitale, et les indicateurs humanitaires sont alarmants : 9 000 familles endeuillées en 2025 et 1,45 million de déplacés.
L’embuscade contre les soldats salvadoriens dont le nombre exact fait débat entre quatre et cinq selon les sources n’est pas un incident isolé. Elle survient moins de trois semaines après la reconduction du mandat de la FRG par le Conseil de sécurité, et quelques jours seulement après la publication d’un rapport du BINUH saluant des avancées institutionnelles, tout en passant sous silence l’effondrement sécuritaire quotidien.
Pour de nombreux observateurs, l’ONU et ses partenaires internationaux seraient devenus partie prenante d’une économie de l’insécurité, où les budgets de crise se renouvellent sans que la sécurité des Haïtiens ne s’améliore.
Le BINUH dispose d’un budget de 320 millions de dollars ; pourquoi ne pas investir tout cet argent dans la restructuration des Forces armées d’Haïti et de la Police nationale, au lieu de gaspiller plus d’un milliard de dollars sans résultats ?
Cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, le constat est sans appel, les missions onusiennes se succèdent, les fonds fiduciaires s’empilent, mais la violence des gangs, elle, ne recule pas. La disparition des soldats salvadoriens rappelle que la FRG présentée comme la réponse militaire à la crise est elle-même vulnérable, et que ses Rules of Engagement ne suffisent pas à protéger ceux qui sont censés protéger.
Le BINUH, dont le mandat a été prorogé jusqu’au 31 janvier 2027, doit désormais faire face à une contradiction grandissante : comment justifier auprès des bailleurs et des populations un dispositif qui, selon ses propres rapports, n’atteint pas ses objectifs opérationnels, tout en continuant à percevoir des financements sans précédent ? La réponse à cette question déterminera si la communauté internationale est prête à passer d’une logique de basket-fund à une véritable redevabilité ou si, une fois de plus, la réalité haïtienne continuera de lui sauter au visage.

