Élections en Haïti : la FUSION dénonce les règles du CEP avant de franchir elle-même le cap des 30 000 membres
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Port-au-Prince — La Fusion des sociaux-démocrates haïtiens (FUSION/PFSDH) se retrouve au cœur d’une controverse sur la cohérence de son discours électoral. Le parti dirigé par l’ancienne sénatrice Edmonde Supplice Beauzile a d’abord vivement contesté les conditions d’enregistrement des membres imposées par le Conseil électoral provisoire (CEP), avant d’annoncer avoir finalement franchi le seuil des 30 000 adhérents et sympathisants requis pour participer au processus électoral.
La question n’est pas tant de savoir si la FUSION pouvait se conformer à cette exigence. Elle le pouvait. C’est plutôt le décalage entre la contestation initiale et la participation effective au mécanisme qui nourrit aujourd’hui les interrogations.
Dans une communication rendue publique fin août, la FUSION avait dénoncé des dysfonctionnements dans la procédure de vérification. Le parti affirmait que plusieurs centaines de ses membres avaient vu leur NINU rejeté, déclaré invalide ou associé à une autre formation politique sans leur consentement. La formation demandait notamment un audit technique indépendant, la transparence du protocole de validation CEP-ONI et la possibilité pour chaque citoyen de vérifier et contester une éventuelle affiliation enregistrée à son insu.
Quelques jours plus tard, la FUSION annonçait avoir complété l’enregistrement de ses 30 000 membres et sympathisants sur la plateforme du CEP. Le parti a présenté cette étape comme une avancée importante, tout en maintenant ses réserves sur le processus électoral. Cette évolution pose une question politique simple : si le dispositif était suffisamment problématique pour justifier une contestation aussi ferme, pourquoi le parti a-t-il finalement choisi de s’y conformer sans suspendre sa propre démarche électorale ?
Il est parfaitement légitime pour une formation politique de contester une règle tout en décidant de la respecter provisoirement afin de préserver sa participation aux élections. Mais, dans ce cas, l’opinion publique est en droit d’attendre une explication claire : qu’est-ce qui a changé entre la contestation et l’inscription ?
C’est précisément sur ce terrain que la crédibilité politique peut être mise à l’épreuve.
La FUSION affirme qu’elle n’est pas opposée aux élections. Dans plusieurs prises de position récentes, le parti soutient au contraire qu’Haïti a besoin d’un scrutin pour restaurer la légitimité des institutions, tout en réclamant des garanties en matière de sécurité, de transparence et d’égalité entre les compétiteurs. Cette position permet de comprendre pourquoi le parti a finalement choisi de franchir le seuil des 30 000 membres : participer au processus tout en continuant à contester certaines de ses modalités.
Mais cette stratégie comporte un risque politique. À force de dénoncer les règles tout en les utilisant lorsqu’elles deviennent indispensables à sa propre participation, une formation politique peut donner l’impression de tenir un double discours.
La nuance est pourtant importante : franchir le seuil des 30 000 ne signifie pas nécessairement que la FUSION approuve le système de vérification du CEP. Le parti affirme justement maintenir ses réserves. La polémique dépasse donc la seule question technique des 30 000 membres. Elle renvoie à une exigence plus fondamentale de la démocratie : la cohérence entre les déclarations publiques et les actes politiques.
Un parti peut changer de stratégie. Il peut dénoncer une disposition, participer malgré tout au processus et continuer à demander sa modification. Mais il doit alors expliquer clairement cette évolution à ses électeurs.Sinon, le citoyen peut légitimement se demander si la contestation initiale relevait d’une objection de principe ou d’une stratégie de pression politique.
Le CEP, de son côté, poursuit la vérification de millions d’affiliations politiques. Le seuil de 30 000 membres constitue une condition centrale du processus engagé pour les prochaines élections, tandis que les difficultés liées à la validation des données ont également été signalées par plusieurs formations politiques.
Le Conseil électoral a d’ailleurs prolongé le calendrier d’inscription des candidats, donnant davantage de temps aux acteurs politiques pour accomplir les différentes formalités. L’enjeu pour la FUSION est désormais de démontrer que le franchissement des 30 000 membres n’est pas un renoncement à ses critiques, mais une décision stratégique visant à rester dans la course électorale tout en exigeant des corrections du processus.
Car la critique politique est légitime. La contestation des règles est également légitime. Mais dans une démocratie qui cherche à retrouver sa crédibilité, la cohérence du discours reste une exigence incontournable.
La FUSION a franchi le cap administratif des 30 000 membres. Il lui reste maintenant à expliquer clairement à l’opinion comment elle entend concilier sa participation au processus avec les critiques qu’elle continue de formuler contre ses règles et son fonctionnement.

