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septembre 1, 2026

« ASSEZ ! C’EST ASSEZ ! » :l’Église catholique hausse le ton et exige de l’État qu’il protège avant de consoler, Le cri de Mgr Pierre André Dumas

5 min de lecture

Face à l’escalade incontrôlée de la terreur exercée par les groupes armés en Haïti, l’Église catholique hausse le ton de manière inédite. Dans un appel solennel d’une exigence morale et politique sans concession, daté du 25 août 2026, l’Évêque du diocèse d’Anse-à-Veau et Miragoâne, Mgr Pierre-André Dumas, s’adresse directement au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et à l’ensemble du gouvernement de la République pour exiger un arrêt immédiat du carnage et le rétablissement sans délai de l’autorité protectrice de l’État.

Une nuit d’horreur à Kenscoff : la goutte d’eau de la tragédie nationale

La nuit du 23 au 24 août 2026 restera gravée comme un nouveau chapitre sombre dans l’histoire récente d’Haïti. La commune de Kenscoff, jusqu’alors considérée comme un refuge relativement préservé sur les hauteurs de la capitale, a été le théâtre d’assauts d’une violence aveugle. Des hommes lourdement armés ont semé la mort et la désolation, exécutant des dizaines de citoyens innocents, incendiant des maisons et poussant à la fuite de nombreuses familles. Même un centre d’accueil paroissial abritant des personnes déjà déplacées par les violences antérieures n’a pas été épargné.

« Aujourd’hui, Kenscoff est touché par la terreur, Kenscoff pleure, Kenscoff saigne, Kenscoff enterre ses morts. Et avec Kenscoff, c’est Haïti tout entière qui est une nouvelle fois crucifiée », martèle Mgr Dumas dans son document officiel.

Refusant la déshumanisation des victimes par les statistiques, le prélat rappelle avec force que derrière chaque corps se trouvaient des pères, des mères, des enfants, des histoires brisées et des espérances détruites :

« Ce ne sont pas des statistiques. Ce sont les enfants d’Haïti ! »

Un réquisitoire contre l’impuissance et la routine étatiques

Au-delà de la compassion envers les victimes, l’appel de l’évêque d’Anse-à-Veau s’attaque au cœur du dysfonctionnement de la gouvernance haïtienne : la passivité réactive.

Mgr Dumas dénonce avec fermeté la dynamique d’un État spectateur qui se borne à publier des communiqués de condoléances une fois les massacres accomplis, au lieu de prévenir les drames annoncés.

S’adressant directement au chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, l’homme d’Église rappelle le fondement même du contrat social et de la légitimité étatique :

· La sécurité n’est pas une faveur : Elle constitue l’obligation première de l’État envers ses citoyens.
· Protéger avant de consoler : Lorsque des populations annoncent qu’elles sont menacées, elles doivent être protégées en amont et non consolées après coup.
· Le devoir de gouverner : « Gouverner, c’est prévoir. Et prévoir, lorsqu’il s’agit de vies humaines, c’est protéger. Plus jamais un massacre annoncé auquel répondrait un État arrivé trop tard ! »

Le virage moral exigé par l’Église

« Notre peuple ne veut plus seulement entendre : « Nous condamnons. » Il veut entendre et voir : « Nous protégeons. Nous intervenons. Nous désarmons. Nous poursuivons les criminels. Nous rétablissons l’autorité de l’État. Nous sauvons des vies. » »

Une feuille de route pour sortir de l’abîme

Loin de se limiter à un constat d’échec ou à une lamentation, la déclaration épiscopale articule des exigences stratégiques précises pour sortir de l’impasse :

· Un Plan National d’Urgence de Sécurité : Un plan global, visible, coordonné, évalué et assorti d’une chaîne de responsabilité clairement établie.
· Sécurisation immédiate des zones vulnérables : Le déploiement de protections préventives à Kenscoff ainsi que dans toutes les communes directement menacées.
· Mobilisation des forces légales : L’engagement total de la Police Nationale d’Haïti et de toutes les forces de la République pour neutraliser et désarmer les groupes armés.
· Assistance humanitaire globale : Une prise en charge proactive pour les orphelins, les blessés, les personnes déplacées et les familles endeuillées.
· Lutte intransigeante contre l’impunité : Des poursuites judiciaires effectives contre les auteurs de massacres ainsi que leurs complices.

Un appel à la conscience universelle et nationale

Tout en interpellant la communauté internationale pour qu’elle sorte d’une posture de simple déclaration de préoccupation pendant qu’un peuple est pris en otage, Mgr Dumas rappelle avec lucidité que la responsabilité première demeure haïtienne.

Citant le texte biblique de la Genèse et l’interpellation faite à Caïn « Qu’as-tu fait de ton frère ? » , l’évêque avertit qu’aucun dirigeant ne pourra se défausser de sa responsabilité :

« Oui ! Nous sommes les gardiens de nos frères et de nos sœurs. Et l’État, plus que quiconque, est responsable de la protection de ses citoyens. »

Un cri d’espérance résiliente : « Haïti ne mourra pas ! »

L’appel se conclut par une prière poignante et intercessionnelle (De profundis) consacrée aux victimes de Kenscoff. Tout en appelant à la conversion des cœurs endurcis et au pardon, l’Évêque prend soin de préciser que le pardon chrétien ne saurait être une complicité avec l’injustice ni une renonciation à la vérité et à la justice.

Rejetant l’idée qu’Haïti devienne un « immense cimetière » ou une terre prisonnière de la peur, le prélat lance un appel au sursaut national :

« Car le premier droit d’un peuple n’est pas de survivre. C’est de vivre. De vivre libre. De vivre debout. De vivre sans peur. Que Kenscoff ne soit pas simplement le nom d’un massacre de plus, mais le cri qui réveille Haïti : PLUS JAMAIS ÇA. »

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