Au Cap-Haïtien, la colère explose dans des rues impraticables et des quartiers inondés. Les habitants de Champin ont dit stop. Leur cri résonne à travers tout le Grand Nord.
Il y a des matins où la pluie n’est plus une simple averse tropicale, mais une menace implacable. Au Cap-Haïtien, chaque nuage chargé qui s’avance depuis la mer pousse les habitants à scruter le ciel — non pour en admirer la beauté, mais pour anticiper l’inévitable : la montée des eaux, les rues englouties, les enfants privés d’école. Depuis des mois, cette angoisse quotidienne ronge la deuxième ville du pays.
Lorsque le ministre des Affaires sociales, Marc Élie Nelson, s’est présenté dans le quartier de Champin avec ses sachets de kits alimentaires, il n’a pas reçu la gratitude espérée. Il a été confronté à la vérité : une vérité brute, douloureuse, mais implacable. Excédés par des années de promesses vides, les résidents ont refusé les vivres. Non par orgueil, mais par dignité.
Ce refus retentissant témoigne d’une catastrophe humanitaire. Sur les images qui circulent, on voit une population épuisée, des visages creusés par l’incertitude, un quotidien réduit à un combat pour la survie. L’isolement est total : les rues, autrefois lieux de vie, sont devenues des pièges boueux où la solidarité entre voisins supplée, tant bien que mal, à l’absence des institutions. Chaque jour est une loterie, sans la moindre garantie de sécurité environnementale.
Face à cette détresse criante, le constat est accablant : l’État fait preuve d’une impuissance flagrante. Que ce soit par manque de moyens, d’ambition politique ou en raison de l’effondrement des structures administratives, les autorités ont déserté le terrain. Les appels désespérés de la population se perdent dans un vide institutionnel. Là où l’ordre public et la loi devraient protéger les plus vulnérables, ne règnent que le silence et les discours stériles.
Au-delà des rapports et des chiffres froids, il y a des vies brisées au Cap-Haïtien. La population ne mendie pas : elle exige son droit fondamental à la dignité et à la sécurité, sous la protection d’un État qui assume enfin ses responsabilités. Combien de temps le Grand Nord portera-t-il seul ce fardeau intolérable ? L’urgence n’appelle plus des mots, mais des actes.
« Nous ne voulons pas de nourriture pour un jour. Nous voulons des routes et des canaux curés pour toujours ! »
