La situation au Cap-Haïtien après ces intempéries est, une fois de plus, le reflet brutal d’une vérité insupportable : la nature ne fait que mettre à nu les failles béantes d’une gouvernance défaillante. Ce drame à répétition nourrit chez le peuple un profond sentiment de trahison — un sentiment loin d’être infondé.
À chaque catastrophe, il devient évident que le problème n’est pas uniquement météorologique. Il est structurel. Il est politique. Il est moral.
Les racines d’une vulnérabilité chronique
La ville suffoque sous un cocktail toxique de négligences et d’irresponsabilités qui transforment chaque averse en menace mortelle.
Les constructions anarchiques sur les mornes, érigées sans contrôle ni planification, déversent eaux boueuses et sédiments vers les quartiers en contrebas, condamnés à servir de bassins de rétention improvisés.
Le système de drainage, vestige mal entretenu d’un autre siècle ou tout simplement sous-dimensionné, agonise sous le poids des déchets plastiques et des gravats, conséquence directe d’un ramassage d’ordures inefficace et d’une gestion municipale chaotique.
La déforestation massive des bassins versants — à Iton, Nan Kajou, Nan Palmis, Anwo Selikou, Basiko, Nan Zidò, Labori, Anwo Charye — achève de fragiliser l’équilibre naturel. Privées de couverture végétale, ces zones ne retiennent plus rien. L’eau dévale avec violence et s’abat sur la ville sans filtre ni frein.
Et face à ce désastre annoncé ? Les réponses se limitent trop souvent à l’urgence humanitaire : distribution de kits, promesses creuses, visites protocolaires. On colmate, on compatit, puis on oublie. L’ingénierie urbaine, la prévention, la planification sérieuse restent des mirages.
L’échec politique au cœur du drame
L’échec des politiques publiques est patent. Il porte la marque d’élus sans vision, parfois sans scrupules, davantage préoccupés par leurs intérêts que par la sécurité collective.
Sécuriser une ville comme le Cap exigerait :
- Une volonté politique inflexible pour interdire les constructions dans les zones à haut risque une décision impopulaire, mais vitale.
- Une gestion rigoureuse et transparente des fonds publics et de l’aide internationale, qui trop souvent s’évaporent avant de se transformer en infrastructures concrètes.
- Une stabilité institutionnelle capable de porter des projets structurants au-delà des discours et des cycles électoraux.
Mais l’instabilité chronique du pays étouffe toute ambition d’envergure avant même qu’elle ne prenne racine.
Nous sommes enfermés dans une boucle tragique :
l’absence d’État nourrit l’anarchie urbaine,
et l’anarchie urbaine multiplie les victimes à chaque saison cyclonique.
Le Cap-Haïtien ne meurt pas seulement sous la pluie.
Il se meurt sous le poids de l’indifférence, de l’irresponsabilité et de l’abandon.
